Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 29 septembre 2011

Eloge de la lenteur



Pascal disait que tout le malheur des hommes venait de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.
Je le paraphraserais volontiers en disant qu’une bonne partie de nos maux viennent de ce que nos gouvernants ne savent demeurer en repos à leur place ; qu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’agir, de décider, de légiférer, de décréter, chaque jour que Dieu fait, sans se laisser ni le temps de la délibération ni le temps de l’observation. Tout problème qui se résout par l’action tranquille des simples citoyens parait un échec pour eux ; tout problème pour lequel aucune solution satisfaisante n’existe, et qu’il conviendrait donc de tolérer par crainte d’empirer la situation, est une intolérable offense personnelle, et malheur à celui qui leur suggérerait que ne pas agir est parfois le meilleur service qu’ils pourraient rendre à leur pays.
Que ne peuvent-ils méditer ce que Burke écrivait à un membre de l’Assemblée Nationale, au début de 1791 :

« Je tiens cet effort continu et ininterrompu des membres de votre Assemblée pour une des causes des maux qu’ils ont provoqué. Ceux qui travaillent sans trêve ne peuvent pas avoir de véritable jugement. Vous ne vous donnez jamais le temps de retrouver votre sang froid. Vous ne pouvez jamais examiner, à partir de la perspective qui convient, le travail que vous avez terminé, avant d’ordonner qu’il y soit mis un point final. Vous ne pouvez jamais planifier le futur à partir du passé. Vous n’allez jamais par le pays pour observer, avec calme et sérénité, quels effets vos mesures produisent sur leurs objets. Vous ne pouvez jamais sentir clairement dans quelle mesure le peuple a vu sa condition améliorée ou dégradée par ce que vous avez fait, s’il s’est dépravé ou s’il est devenu meilleur. Vous ne pouvez pas voir de vos propres yeux les souffrances et les malheurs que vous provoquez. Vous les connaissez, mais à distance, à travers les propos de ceux qui flattent toujours le pouvoir en place et qui, tout en vous présentant les doléances, attisent votre colère contre les opprimés. Tels sont quelques uns des effets d’un labeur incessant, lorsque les hommes épuisent leur attention, brûlent leur chandelle par les deux bouts, et se retrouvent dans l’obscurité. - Malo meorum negligentiam, quam istorum historum obscuram diligentiam. »

jeudi 22 septembre 2011

"Les plus grands gaspilleurs de la société"



Dans La richesse des nations (1776), Adam Smith écrivait, avec une pointe d’indignation qui ne lui était pas coutumière :

Les rois et les ministres font preuve de la plus haute impertinence et de la plus haute présomption lorsqu'ils prétendent diriger les affaires domestiques des particuliers et restreindre leurs dépenses, soit par des lois somptuaires, soit en prohibant l'importation de marchandises de luxe. Ils sont toujours eux-mêmes, et sans aucune exception, les plus grands gaspilleurs de la société. Qu'ils s'occupent bien de leurs propres dépenses et ils peuvent se reposer sur les particuliers pour bien s'occuper des leurs. Si leur propre extravagance ne ruine pas l'Etat, celle de leurs sujets ne le fera jamais.

Aujourd’hui, manifestement, rien n’a changé, à part les noms. Nous n’avons plus de rois ni de lois somptuaires, mais les pouvoirs publics prétendent toujours savoir mieux que les particuliers comment ils doivent dépenser leur argent. En fait, la prémisse tacite de presque toutes leurs actions et de la plupart de leurs discours semble être que seul l’argent dépensé par l’Etat peut être bien dépensé. Et pendant ce temps, nos gouvernements démocratiques sont, très exactement comme les souverains d’antan, « les plus grands gaspilleurs de la société ». Assis sur des montagnes de dettes, ils font les gros yeux aux banquiers imprudents, poussent des cris d’orfraie devant les salaires « excessifs » de certains patrons, morigènent et taxent les particuliers pour leur apprendre à bien consommer et à ne pas « gaspiller » les ressources.
Cette mauvaise comédie, qui n’a même pas pour elle le charme de la nouveauté, pourrait nous inciter au cynisme et au découragement, mais je préfère y trouver un motif d’optimisme : le mal est probablement sans remède - ou tout au moins destiné à réapparaitre régulièrement - mais, avec du courage et de la détermination, le patient y survivra. Comme il y a toujours survécu.



jeudi 15 septembre 2011

TANTO NOMINI NULLUM PAR ELOGIUM




The new Oxford book of literary anecdotes est, comme son nom l’indique, une mine d’anecdotes sur le monde littéraire anglo-saxon, depuis le 14ème siècle jusqu’à nos jours (oui, je sais, j’ai des lectures bizarres. Et encore, si vous saviez tout...).
Beaucoup sont savoureuses, mais je crois bien que ma préférée reste encore celle-ci. Le sujet en est Frank Harris (1856-1931), un critique littéraire anglais qui eut son heure de gloire à l’orée du siècle dernier.
Au cours d’un diner mondain auquel assistait notre critique, la conversation se porta par hasard sur le sujet de l’homosexualité. Un silence gêné se fit immédiatement parmi les convives, car parler ouvertement du « crime contre nature » était encore considéré comme inconvenant à cette époque. Sans se troubler le moins du monde Harris continua à discourir, de sa puissante voix de basse que tout le monde pouvait désormais entendre. « L’homosexualité ? Non, je ne connais rien des joies de l’homosexualité. Sans aucun doute mon ami Oscar [Oscar Wilde] pourrais tout vous dire à ce sujet. »
Un silence encore plus profond descendit sur l’assemblée, pendant qu’Harris continuait, imperturbablement : « Mais je dois dire que si Shakespeare me demandait de m’y livrer avec lui, il me faudrait accepter. »

Riez si vous voulez (et c’est un peu le but) mais pensez-y : avez-vous jamais entendu expression plus frappante de l’admiration, que dis-je, de l’idolâtrie pour un auteur ?
Tout en plaisantant, je crois que dans le fond Harris était parfaitement sérieux. Et je le comprends très bien.
Shakespeare est réellement le plus grand.

dimanche 11 septembre 2011

La citation du jour (2)



"Il est préférable de chérir l'humanité et la vertu en laissant beaucoup à la libre volonté, au risque même de ne pas remplir entièrement l'objet qu'on se propose, que de travailler à réduire les hommes à n'être que de pures machines et les instruments d'une bienfaisance politique. Le monde y gagnera de toutes manières parce que, sans la liberté, il ne peut point exister de vertu."

Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution en France

vendredi 9 septembre 2011

La citation du jour (1)

"Nous vivons dans un temps où l'argent est nécessaire, même pour faire les choses qui valent mieux que lui. Il faut le mépriser et le garder."

Tocqueville, lettre à Gobineau, 8 janvier 1856

dimanche 4 septembre 2011

Reiser et les Rrrominets

J’ai, je l’avoue, un certain faible pour Reiser, dont ni les ans ni la réflexion ne sont tout à fait parvenus à me guérir.
Oh, je devine ce que vous allez me dire : « Quoi ? Mais c’est un gauchiste ! Il cultive la laideur ! Sans compter qu’un certains nombre de ses dessins ne sont pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, à mettre entre toutes le mains ! »
Et, certes, tout cela est vrai. Mais songez que votre serviteur a commencé sa carrière intellectuelle avec des idées bien à gauche sur bien des points. Il faut bien qu’il en reste un petit quelque chose. Et puis il me semble aussi que, en toute objectivité, Reiser était un dessinateur hors du commun, doublé d’un observateur aigu, bien que partial, du monde contemporain. Son sens du gag et de la narration fait souvent merveille, même pour raconter des choses que la moralité réprouve et que la réflexion désavoue.
Bref, Reiser continue à me faire rire, en dépit du fossé intellectuel qui aujourd’hui me sépare de lui. Je cède d’autant plus volontiers à cette faiblesse que Reiser savait à l’occasion se moquer - et avec talent - de sa famille politique et des idées qui lui étaient chères, comme l’écologie.
Bien évidemment c’est plutôt ce genre de dessins que l’on trouvera ici.
Et d’abord, pour commencer gentiment, un mini récit dédié à tous nos vaillants défenseurs de Rrroms en situation irrégulière - un mini récit dessiné du temps où, même à gauche, on les appelait encore « les gitans ».