Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 27 octobre 2011

"Imitons Démocrite plutôt qu’Héraclite"



Fréquenter la blogosphère revient à faire une expérience particulière de l’âme humaine.
Bien des gens, en effet, protégés par leur anonymat et le caractère impersonnel des échanges, s’y laisse aller à leurs mauvais penchants. Ils se déboutonnent et semblent prendre plaisir à exhiber les parties les plus laides et les plus ridicules de leur anatomie spirituelle.
La vanité, particulièrement, se montre dans toute son ampleur et dans l’infinie variété de ses formes, sans doute parce qu’elle est un travers si répandue et sans doute aussi parce la blogosphère attire naturellement ceux qui, sans talent particulier, ont néanmoins une haute opinion d’eux-mêmes - ou qui voudraient tellement pouvoir entretenir une haute opinion d’eux-mêmes.
Il est si facile de se croire quelqu’un, seul derrière son écran. Pour beaucoup la tentation est simplement trop tentante.
Pour ne pas développer une misanthropie excessive, et par ailleurs désagréable à vivre, l’internaute fera donc bien de garder à l’esprit qu’internet a un effet déformant et que parfois les hommes valent mieux que leurs masques - parfois seulement, mais parfois quand même (parfois aussi ils sont pires, certes).
Il fera bien également de quitter régulièrement son écran pour s’adonner à la lecture lente et assidue de vieux livres - car ces vieux ouvrages, écrits avec un soin dont nous n’avons plus aujourd’hui qu’une trop vague idée, sont un parfait antidote contre la tentation de se croire quelqu’un. Ils nous ramènent sans efforts à notre vraie place et nous rappellent ce qu’est la véritable grandeur. Ils nous apprennent l’humilité, l’admiration et les vertus de la rumination. Et par ailleurs ils regorgent d’excellents conseils.
Tel celui-ci, que j’ai récemment retrouvé chez Sénèque. Ne jurerait-on pas que le précepteur de Néron connaissait internet, deux mille ans avant son apparition ?

« Il faut donc nous accoutumer à regarder les vices des hommes non comme odieux, mais comme ridicules ; imitons Démocrite plutôt qu’Héraclite. Car celui-ci pleurait toutes les fois qu’il sortait en public ; celui-là riait. L’un, dans tout ce que nous faisons, ne voyait que misère, l’autre que folie. Il faut donc attacher à tout peu d’importance, et tout supporter avec calme ; il est plus dans l’humanité de se moquer de la vie que de la déplorer. D’ailleurs, on mérite mieux du genre humain à en rire qu’à en pleurer. Dans le premier cas on laisse quelque place à l’espérance ; dans le second, il y a sottise à gémir sur ce qu’on désespère de pouvoir corriger. » (De la tranquillité de l’âme)

jeudi 20 octobre 2011

"Une tête d'Anglais"


Les grands peintres, dit-on, sont capables de saisir sur leurs toiles le caractère de ceux qu’ils peignent, et c’est sans doute cette croyance qui rend certains portraits si fascinants. Nous essayons de deviner, en les regardant, à quoi pouvait bien ressembler l’âme de celui dont nous contemplons l’effigie.
J’avoue avoir toujours eu du mal à me faire une idée arrêtée concernant la véracité de cette croyance. D’une part il me semble extrêmement difficile, pour dire le moins, de capter dans une image figée un objet aussi mouvant et complexe que le caractère d’un homme.
Si vous en doutez, pensez donc à la dernière photographie que vous avez vu de vous !
Mais, d’un autre côté, peut-il y avoir tant de fumée sans qu’il y ait au moins un peu de feu ? Une idée soutenue par tant de gens intelligents depuis tant de siècles peut-elle être totalement fausse ? Et si l’on faisait mon portrait, ne chercherais-je pas avant tout à savoir s’il est « ressemblant », c’est à dire s’il rend bien justice à ce que je crois être ?
A ce propos, je me souviens encore d’une remarque faite par mon père, il y a bien des années de cela, devant quelques portraits peints par Holbein. Les personnes représentées, disait-il, en hochant la tête, avaient bien « des têtes d’Anglais ». Par quoi je comprenais, confusément (j’étais très jeune alors), qu’il voulait dire qu’ils avaient l’air d’avoir avalé un parapluie. Pète-sec et hautains, en d’autres termes.


Depuis je regarde les toiles d’Holbein avec une attention particulière, chaque fois qu’il m’est donné d’en voir. Les Anglais peints par Holbein ont-ils réellement cette expression que mon père prétendait voir ? et surtout, cela révèle-t-il leur caractère individuel ou bien leur anglicité, comme mon père le sous-entendait ?


Bien évidemment les toiles ne me répondent pas. Mais au cours de mes lectures, je suis tombé sur certaines choses qui tendent à me confirmer que, sans doute, mon père avait raison.

Et par exemple celle-ci, tirée des Notes sur l’Angleterre de Montesquieu, et dont je ne me lasse pas : « Les femmes », dit Montesquieu, « y sont réservées, parce que les Anglais les voient peu ; elles s’imaginent qu’un étranger qui leur parle veut les chevaucher. « Je ne veux point, disent-elles, give to him encouragement » ». Notez bien que ce caractère de poisson froid des Anglais n’a pas que des désavantages, loin de là, et qu’il va avec certaines qualités ; mais c’est là un autre sujet.

« Mon père avait raison » : n’est-ce pas aussi à ce genre de remarque que nous nous rendons compte que les années ont passé ?

jeudi 13 octobre 2011

La France, pays de Descartes...


« Toutefois, leur façon de philosopher est fort commode, pour ceux qui n’ont que des esprits fort médiocres ; car l’obscurité des distinctions et des principes dont ils se servent est cause qu’ils peuvent parler de toutes choses aussi hardiment que s’ils les savaient, et soutenir tout ce qu’ils en disent contre les plus subtils et les plus habiles sans qu’on ait moyen de les convaincre. En quoi ils me semblent pareils à un aveugle qui, pour se battre sans désavantage contre un qui voit, l’aurait fait venir dans le fond de quelque cave fort obscure. » (Discours de la méthode)

Ca se bouscule au fond de la cave...





Et ça se bouscule à l'entrée...

jeudi 6 octobre 2011

"Je connais les hommes"

Lorsque j'entends parler Ségolène Royal, je ne peux m'empêcher de penser à cela :


Certains hommes sont misogynes, certaines femmes sont les ennemies de la gent masculine. Les raisons de ces dispositions du caractère importent peu, seule comptent leur existence.
Mon instinct me dit que Marie-Ségolène appartient à cette dernière catégorie et comme, jusqu'à maintenant, mon instinct ne m'a jamais trompé, je suis ses indications.
Cela a évidemment pour conséquence qu'il me sera toujours impossible de voter pour elle. Le seppuku, très peu pour moi.
Mais tout de même, quel dommage! Une candidate qui a des propositions si brillantes, si évidemment adaptées aux problèmes de notre cher et vieux pays!
Vraiment, je suis bien fâché de devoir suivre mon instinct.