Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

jeudi 24 mai 2012

Gute Nacht


 J’avais laissé entendre que la prochaine fois que je parlerais de musique, ce serait de musique classique. L’occasion m’en est donnée plutôt que je ne le pensais, avec la mort il y a quelques jours de Dietrich Fischer-Dieskau. Je ne parlerais pas longuement de lui, n’étant pas spécialiste, et d’autres le feront beaucoup mieux que moi (pour de plus amples renseignements, voir par exemple ici). Juste un mot donc, pour dire qu’il a très probablement été le plus grand interprète de Lieder du siècle dernier et l’une des plus grandes voix enregistrées de tous les temps.
Parmi son prodigieux catalogue j’ai - comme beaucoup je crois - une tendresse particulière pour son interprétation des Lieder de Schubert, et plus particulièrement encore pour Le voyage d’hiver (winterreise).
Pour ceux qui ne connaitraient pas ce merveilleux cycle musical, en voici un petit extrait, au titre malheureusement bien approprié aux circonstances : Gute Nacht !

Fremd bin ich eingezogen,
Fremd zieh' ich wieder aus.
Der Mai war mir gewogen
Mit manchem Blumenstrauß.
Das Mädchen sprach von Liebe,
Die Mutter gar von Eh', -
Nun ist die Welt so trübe,
Der Weg gehüllt in Schnee.

Ich kann zu meiner Reisen
Nicht wählen mit der Zeit,
Muß selbst den Weg mir weisen
In dieser Dunkelheit.
Es zieht ein Mondenschatten
Als mein Gefährte mit,
Und auf den weißen Matten
Such' ich des Wildes Tritt.

Was soll ich länger weilen,
Daß man mich trieb hinaus?
Laß irre Hunde heulen
Vor ihres Herren Haus;
Die Liebe liebt das Wandern -
Gott hat sie so gemacht -
Von einem zu dem andern.
Fein Liebchen, gute Nacht!

Will dich im Traum nicht stören,
Wär schad' um deine Ruh',
Sollst meinen Tritt nicht hören -
Sacht, sacht die Türe zu!
[Ich schreibe nur im Gehen
An's Tor noch gute Nacht]1,
Damit du mögest sehen,
An dich hab' ich gedacht.






dimanche 13 mai 2012

Charité mal ordonnée



Rousseau disait fort bien : « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. »
Il est bien dommage que nous ne l’ayons pas davantage écouté, car la maladie qu’il voyait à l’œuvre chez quelques « philosophes » (le terme chez lui est dérogatoire, et en général péjoratif) s’est largement répandue depuis et infecte désormais un grand nombre de nos contemporains. Je n’ai sans doute pas besoin de vous faire un dessin.
Par contre, si Rousseau ne vous parle pas, s’il vous semble décidément désuet, si vous ne lui pardonnez pas l’abandon de ses enfants, si la lecture obligatoire des Confessions au lycée vous a définitivement fâché avec lui, si pour quelque raison enfin vous ne lui faites pas crédit, je peux toujours y suppléer par un dessin.
Un petit croquis vaut mieux qu’un long discours comme disait un Corse célèbre, et ce croquis là vaut son pesant de cacahuètes, je trouve.
Peut-être est-ce parce que j’ai personnellement connu de ces gens qui trouvaient plus noble et tellement plus gratifiant de s’occuper des petits Tartares Africains ou des petits Vietnamiens que de leur entourage. Peut-être est-ce parce que j’apprécie Reiser, et l’humour noir en général. Je ne sais pas trop. Quoiqu’il en soit je lui trouve une vérité profonde. Je me demande jusqu’à quel point Reiser lui-même en avait conscience.


vendredi 4 mai 2012

Ballots and bullets






Puisque j’ai apparemment quelques lecteurs - plus ou moins - mélomanes qui fréquentent mon grenier, je profite de la période électorale pour faire d’une pierre deux coups. Et d’une je mets en ligne une chanson de circonstance qui, si elle n’est pas précisément entrainante, est du moins une incitation to join the good fight. Et de deux je fais un peu de publicité à un musicien qui, à mon avis, le mérite bien, à savoir Jérome Reuter la tête pensante (et chantante) du projet nommé Rome.
Rome est donc un « groupe » (en fait plutôt une sorte de one-man-show) qui officie dans ce qu’il est convenu d’appeler le néo-folk, ou le dark-folk, ou tout ce que vous voulez d’ailleurs : pourquoi m’em...quiquinerais-je à essayer de définir sa musique alors que j’en mets des extraits en ligne ?
Ecoutez le donc, mais avant sachez encore ceci. D’une part Jérome Reuter est fort productif, il sort à peu près un album par an et, comme ça ne lui semblait sans doute pas suffisant, il a décidé de sortir cette année trois albums d’un coup, sous le titre Die aesthetik der herrschaftsfreiheit (Reuter est Luxembourgeois - si, si, ça existe - et il manie aussi bien l’anglais que l’allemand ou le français).
Bien évidemment, sur ces trois albums, certains titres sont plus faibles que d’autres, ce qui fait que l’ensemble n’est pas à mon avis la meilleure chose qu’il ait produite. Mais - dans le genre qui est le sien - cela reste dans le haut du panier, et même largement. En plus de l’extrait de Die aesthetik..., je vous propose une chanson issue de ce qui me semble à ce jour être son meilleur album, Mass Mensch Material, histoire que vous puissiez vous faire une meilleure idée.
D’autre part le sieur Reuter est manifestement un gauchiste - je le mentionne pour ceux que cela pourrait déranger. Pour ma part cela m’est indifférent. Il fait de la bonne musique et il a le bon goût de ne pas trop insister sur sa gaucherie donc je passe sans problème sur ses opinions politiques. C’est aussi l’avantage d’écouter des chansons en anglais : je peux facilement faire abstraction du sens des paroles.
Et maintenant vous pouvez cliquer sur les vidéos : musique !