Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

mercredi 18 décembre 2013

Tempérament français (II)



Je vous avais entretenu, il y a quelque temps déjà, de la manière dont les Français s’étaient comportés sur le continent Nord-américain, à la différence de leurs rivaux Anglais. Je rajoute au dossier cette pièce tirée de "L’histoire de France" de Michelet. Où l’on trouve une nouvelle fois la confirmation du fait que les tempéraments nationaux ne sont nullement un « mythe », comme aiment à le dire nos modernes déconstructeurs de tout ce qui, de près ou de loin, peut ressembler à la nation.
Il fut un temps où les Français avaient, en tant que peuple, un caractère bien à eux, différent de celui de tous les autres peuples européens. Un caractère que les meilleurs auteurs ont décrit, siècles après siècles, et que l’on pourrait caractériser schématiquement par le terme de galanterie martiale : un goût égal pour les exploits guerriers et pour les prouesses d’alcôve ; tempérament aimable et paradoxal qui dénote aussi une certaine inconstance, inconstance hélas tout aussi avérée au long de l’histoire de France, et dont le destin du Canada français est un bel exemple.


 « Il faut voir dans Cartier, Champlain, mais dans Lévy surtout, l’aimable, le charmant accueil que les peuples des deux Amériques faisaient à nos Français. Les pauvres gens croyaient que ces étrangers généreux prendraient parti pour eux, les défendraient contre leurs ennemis. Le mot que les femmes d’Afrique disaient à Livingstone : « Donne-nous le sommeil ! (la sécurité) », c’est l’idée des Américaines, quand elles faisaient au voyageur français une si tendre réception. On l’asseyait sur un lit de coton. Ces douces créatures, toutes nues, venaient pleurer à ses pieds, si bien qu’il ne pouvait s’empêcher de pleurer. C’étaient de petits mots de sœurs, qui fondaient l’âme : « Quoi ! Tu as pris la peine de venir si loin pour nous voir !... Que tu es donc aimable et bon ! »
Ces observateurs excellents s’accordent en tout là-dessus. L’Amérique sentait qu’elle avait besoin de l’Europe, d’une Europe compatissante. Ces tribus, d’elles-mêmes humaines et douces, n’étaient ensauvagées que par leurs discordes intérieures, des vengeances mutuelles, des représailles qu’on ne savait comment finir. Leurs éternelles petites guerres avaient porté à la famille même une grave atteinte, qui la menaçait réellement d’extinction. C’est ce qu’on a vu dans l’ancienne Grèce. Une vie trop guerrière y fit considérer la femme comme un être presque inutile, un embarras souvent funeste. De là une dépopulation  infaillible et rapide. Nos Français, au contraire (c’est le défaut ou le mérite de cette race), étonnamment empressés, amoureux, et jusqu’au ridicule, courtisans de l’Indienne, si dédaignée des siens, s’en faisaient adorer.
Ils n’avaient ni l’orgueil ni l’exclusivisme de l’Anglais, qui ne comprend que son Anglaise. Ils n’avaient point les goûts malpropres, avares, du señor espagnol, son sérail et ses négrillons. Libertins près des femmes, du moins ils se mettaient en frais de soins et de galanterie. Ils voulaient, charmaient et la fille, et le père, et les frères, dont ils étaient les hardis compagnons de chasse. La tribu accueillait volontiers le fruit de ces amours, des métis de vaillante race. La femme américaine, se voyant aimée, désirée, se trouvait relevée. Notre émigrant français, roturier en Europe, simple paysan même, était noble là-bas. Il épousait telle fille de chef, parfois, devenait chef lui-même. »


J’ajoute à cet extrait de Michelet quelques lignes d’une pièce de Shakespeare, intitulée "Tout est bien qui finit bien" et dont l’action se situe, en partie, à la cour du roi de France. Le roi fait ses adieux aux jeunes nobles qui s’apprêtent à aller « épouser la gloire » dans les guerres d’Italie, et il les met en garde en ces termes :

« Ces filles d’Italie, méfiez-vous d’elles. On dit que nos Français ne savent pas refuser si elles demandent. Prenez garde à ne pas être captifs avant même de servir. » (II-1-19)

Shakespeare, tout Anglais qu’il était, connaissait bien les Français…

samedi 23 novembre 2013

Les deux patriotismes



 

Pour Mat

Une récente discussion, au sujet des « racines », et donc du patriotisme, m’a remis en mémoire ce passage de De la démocratie en Amérique. Evidemment, cet extrait aurait besoin d’être replacé dans son contexte pour être compris dans toutes ses nuances, mais ici c’est le grenier, pas le salon, donc l’interprétation attendra une autre fois. Et puis, tel qu’il est là, ce passage me semble déjà fort bien. Donc je vous le livre tel quel. Sans garniture, mais en vous souhaitant bon appétit.

« Il existe un amour de la patrie qui a principalement sa source dans ce sentiment irréfléchi, désintéressé et indéfinissable, qui lie le cœur de l’homme aux lieux où l’homme a pris naissance. Cet amour instinctif se confond avec le goût des coutumes anciennes, avec le respect des aïeux et la mémoire du passé ; ceux qui l’éprouvent chérissent leur pays comme on aime la maison paternelle. Ils aiment la tranquillité dont ils y jouissent ; ils tiennent aux paisibles habitudes qu’ils y ont contractées ; ils s’attachent aux souvenirs qu’elle leur présente, et trouvent même quelque douceur à y vivre dans l’obéissance. Souvent cet amour de la patrie est encore exalté par le zèle religieux, et alors on lui voit faire des prodiges. Lui-même est une sorte de religion ; il ne raisonne point, il croit, il sent, il agit. Des peuples se sont rencontrés qui ont, en quelque façon, personnifié la patrie, et qui l’ont entrevue dans le prince. Ils ont donc transporté en lui une partie des sentiments dont le patriotisme se compose ; ils se sont enorgueillis de ses triomphes, et ont été fiers de sa puissance. Il fut un temps, sous l’ancienne monarchie, où les Français éprouvaient une sorte de joie en se sentant livrés sans recours à l’arbitraire du monarque, et disaient avec orgueil : « Nous vivons sous le plus puissant roi du monde. »
Comme toutes les passions irréfléchies, cet amour du pays pousse à de grands efforts passagers plutôt qu’à la continuité des efforts. Après avoir sauvé l’Etat en temps de crise, il le laisse souvent dépérir au sein de la paix.
Lorsque les peuples sont encore simples dans leurs mœurs et fermes dans leurs croyances ; quand la société repose doucement sur un ordre de choses ancien, dont la légitimité n’est point contestée, on voit régner cet amour instinctif de la patrie.
Il en est un autre plus rationnel que celui-là ; moins généreux, moins ardent peut-être, mais plus fécond et plus durable ; celui-ci nait des lumières ; il se développe à l’aide des lois, il croît avec l’exercice des droits et il finit, en quelque sorte, par se confondre avec l’intérêt personnel. Un homme comprend l’influence qu’a le bien-être du pays sur le sien propre ; il sait que la loi lui permet de contribuer à produire ce bien-être, et il s’intéresse à la prospérité de son pays, d’abord comme une chose qui lui est utile, et ensuite comme à son ouvrage. »

mercredi 30 octobre 2013

Rions un peu avec la charia

 
Puisqu'en ce moment je vous entretiens au salon de ce qui sépare l'islam et le christianisme, il m'a semblé opportun de rappeler que nos amis musulmans savent rire eux aussi, et qu'ils ont une forme d'humour qui n'appartient qu'à eux, et qu'ils appellent la charia.
On peut être pieux sans pour autant se sentir obligé d'être un bonnet de nuit, Dieu merci !
Voici donc un très léger avant-goût de cet inépuisable recueil de bons mots et autres histoires drôles, que je ne saurais trop vous inviter à vous procurer toutes affaires cessantes. Vous ne le regretterez pas, croyez moi.



« La jurisprudence musulmane s’intéresse à tous les aspects de la vie quotidienne pour déterminer ce qui est permis en islam. Elle en est venue à envisager les situations les plus extrêmes pour être bien sûre d’avoir balayé tous les possibles et ce à toutes les époques. Salman Rushdie raconte comment les ayatollahs, lorsqu’ils sont arrivés au pouvoir en Iran, se sont interrogés sur l’inceste. Ils en sont venus à décider qu’il n’était pas possible d’avoir des relations sexuelles avec sa tante par alliance, sauf dans un cas précis : si la tante dort dans la chambre au-dessus de la vôtre, que le plafond vient à s’effondrer et qu’elle tombe littéralement du ciel… dans votre lit. Dans le recueil des fatwas publiées en 2002 par le conseil européen de la fatwa et de la recherche présidé par Yûsuf Al-Qardâwi et préfacé par Tariq Ramadan, on se demandait si les filles étaient autorisées à monter à bicyclette. Les filles vierges ne risquaient-elles pas de perdre leur virginité ? La fatwa demandait que l’on se prononce après évaluation de ce risque. Si ce risque était important, alors il fallait interdire la bicyclette aux fillettes et aux jeunes filles. »

Michèle Tribalat, Assimilation, la fin du modèle français

« Les gestes de la prière peuvent-ils être accomplis aux latrines ? Maïmonide s’interroge sur le moment où, si l’on a gardé les phylactères par inadvertance en y entrant, il faut cesser d’émettre pour les ôter. Un auteur musulman disserte sur le genre de pets qui ne rend pas la prière invalide. Un autre se demande dans quelle mesure toucher (involontairement) son pénis rend impur. Un mystique de haute volée précise avec quelle main il convient de se torcher ; Ghazali expose longuement comment procéder. (…)
Il n’est pas étonnant que les ennemis de ceux qui recueillaient les hadiths (« traditionnalistes ») aient tourné en ridicule ce souci de tout réglementer. A ce qu’ils racontent, les païens contemporains de Mahomet auraient lancé aux disciples de celui-ci : « Votre compagnon vous enseigne comment ch… »

Rémi Brague, La loi de Dieu

mercredi 23 octobre 2013

A quoi tiennent parfois ces choses là...



 
Certains d’entre vous, ceux qui viennent fureter régulièrement dans ce grenier, se souviendront peut-être de billets relatant comment, selon Saint-Simon, la princesse des Ursins fut congédiée par la reine d’Espagne, un glacial soir de décembre, et comment Alberoni fit fortune en embrassant le cul mal torché du Duc de Vendôme.
Eh bien, voici comment, de son côté, Michelet explique le renvoi de la princesse des Ursins. Vrai ? Faux ? Un peu des deux ? Cela n’est pas facile à dire. Michelet était à la fois profondément érudit et plein de préjugés, de partis pris très décidés, et très apparents. Et certes, la monarchie espagnole du 17ème siècle n’avait absolument rien qui puisse plaire à un homme ayant ses idées et son tempérament. En même temps, il suffit de lire Saint-Simon, qui n’avait pas, lui, et c’est le moins que l’on puisse dire, un préjugé défavorable envers la monarchie et le catholicisme, pour savoir que ce que raconte Michelet est tout à fait plausible, à défaut peut-être d’être véridique. Je ne sais.
Mais vrai ou pas, cela n’est-il pas admirablement dit ?


« Par sa mère bavaroise, Philippe V venait d’un mélange de Bavière-Autriche, où les esprits troublés ne sont pas rares. Il avait pour aïeul l’affreux Ferdinand II, le spectre de la guerre de trente ans. J’ai dit le tragique roman de sa mère, ermite en plein Versailles, affolée de sa Bessola. Le vertige du Tyrol était dans cette tête, et elle le transmit à son fils. Comme elle il fut tout amoureux, mais à la façon de son père, le gros Dauphin blondasse, et il en eut la sensualité bestiale.
Né tel, il tomba en Espagne, dans l’âpre et violente contrée, admirable pour faire des fous. Charles Quint le devint. Philippe II, dans les derniers rêves de son sinistre Escurial, d’avance éclipsa Don Quichotte.
Philippe V ne fut fou que par moments. Il n’était pas dénué d’esprit, souvent parlait très bien. Presque toujours muet, et enfermé, comme l’avait été sa mère, il ne voyait guère que sa femme. Le sexe annulait tout en lui. Il fut le mari le plus assidu, le plus mari qu’on vit jamais, acharné, implacable d’exigence amoureuse. Sa première femme, malade à la mort, perdue d’humeurs froides, dissoute et couvertes de plaies, n’eut pas grâce un seul jour, ne put faire lit à part. L’aimait-il ? Le jour de sa mort même, il alla à la chasse, selon son habitude, et rencontrant le convoi au retour, froidement le regarda passer.
La vieille princesse des Ursins, qui gouvernait, fut prise dans un double embarras, le veuvage du roi et un essai de réforme qu’elle avait commencé. Réforme des finances, réforme du clergé, et surtout de l’Inquisition. Si elle n’eut été si âgée, elle se serait fait épouser et aurait gardé le roi. Mais il lui échappa d’abord par la dévotion, ensuite par un second mariage. On a souvent conté sa brouillerie avec Versailles, mais trop peu rappelé qu’elle avait contre elle l’Inquisition et le clergé.
Avec le tempérament du roi il n’y avait pas un moment à perdre pour le marier. La Des Ursins cherchait dans toute l’Europe, mais chaque princesse lui faisait peur. Elle craignait surtout un trop grand mariage, une fille de roi qui eût pris ascendant. Il n’y avait guère de plus petit prince que le duc de Parme. Donc elle ouvrit l’oreille lorsque son envoyé, Alberoni, un nain bouffon qui l’amusait, lui demanda un jour pourquoi elle ne prendrait pas la nièce de son maître, le duc Farnèse, une fille toute simple, élevée dans un grenier du palais, qui ne savait que coudre. La princesse le crut, fit la chose ; puis, un peu tard, mieux informée, elle voulut la défaire. Mais le mariage était déjà célébré à Parme. D’autre part, le roi était dans une terrible impatience ; Alberoni, grossièrement, obscènement, à sa manière, lui avait décrit la fille selon les goûts du roi, la disant « une grasse Lombarde, bien empâtée de beurre, de parmesan ». Eloge mérité de toute la maison des Farnèse, dont le dernier meurt à force de graisse.
Ce charmant idéal envahissant le cœur du roi, il sut très mauvais gré à la princesse des Ursins de vouloir lui inspirer des défiances sur sa future épouse. Alberoni l’avait pris entièrement par ses contes luxurieux. Il en tira deux choses pour la jeune reine qui arrivait : 1° l’ordre verbal de lui obéir en tout ; 2° un billet où il lui mandait de faire arrêter, enlever madame des Ursins, finissant par ce mot d’exquise délicatesse : « Ne manquez pas votre coup tout d’abord. Autrement elle vous enchantera et nous empêchera de coucher ensemble, comme avec feue la reine. » Il est vrai que la Des Ursins, aux derniers jours, l’avait fort sagement prié d’épargner la mourante, qui pouvait lui donner son mal.
Alberoni porta ce mot lui-même à la frontière où était la jeune reine, et se tint dans la coulisse pour surveiller l’exécution. Autrement cette fille sans expérience n’eût eu ni l’assurance ni la férocité impudente pour jouer cette scène de fausse fureur sans cause ni prétexte. Tout le monde l’a lue dans Saint-Simon. C’était l’hiver ; la vieille dame fut enlevée en habit de bal et trainée vingt jours dans les glaces, au hasard de la faire crever. Le lendemain, le roi, qui était venu au-devant, rencontra enfin sa grasse Lombarde, l’épousa sur l’heure dans la première maison qui se trouva. En plein jour, ils se mirent au lit. »

mercredi 9 octobre 2013

Amused as hell





Amused As Hell

Get wet, get hard, it's Tuesday
show the world you care
trivial solutions
in trivial affairs

Tonight there is a party
for a perfume called 'Despair'
there's been a revolution
in women's underwear.

Now there's a purchase to smooth every frown
trucks packed with catalogues yawn into town
Billboards and flat screens announce all is well
the peak of our history,
united, assured,
amused as hell
amused as hell.

The torsos keep gyrating,
all tattoo'd oiled and waxed,
there's been a revolution,
paradise is fact.

Do they fuck as well as fake it?
Well, you only need to ask.
Ah, such a lot of fucking,
more than ever in the past.

Cut to a famine, a drought or a war,
need a break in the fun so the wine can be poured.
The ghost of last Christmas now plays William Tell
on the head of your firstborn, and you should still be
amused as hell

Novelty is endless
& nothing's ever new
but this is no 'forever'
just a thing that planes fly through

Here on the bypass, the loose bottom rung,
where flopsongs are written, where dayjobs are done,
the non-sovereign nations, in thousands, in ones,
no land and no laws, from their black-spotted lungs
they roar out to curse you and spit in your face.
They are not being ironic; I think we should make
a benefit concert, a swell carousel
where the stars dry-hump livestock
to keep you
amused as hell

amused as hell
amused as hell

Grand Necropolitan
Grand Necropolitan
desire outstrips demand
don't bomb Viagrastan