Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

dimanche 27 janvier 2013

Mariage pour tous : les premières images de la manifestation

 
Ah non, ça c'était une photo d'une précédente manif citoyenne et engagée autant que festive. Toutes mes excuses.
Donc, en avant première mondiale, votre serviteur vous livre les premières images de la manifestation qui se déroule actuellement "pour l'égalité des droits", comme ils disent.


"Ca sent la bonne humeur, l'égalité, la fraternité et la sororité" (Caroline de Haas, sur Twitter)

Allez, pour rester dans la joie et la bonne humeur, encore un petit dessin du gauchiste Reiser qui, à n'en pas douter, aurait aujourd'hui été condamné depuis longtemps pour "homophobie".


vendredi 18 janvier 2013

Le moyen-âge en musique



J’aime la musique du moyen-âge. Je dis, la vraie musique du moyen-âge. Pas l’espèce de crin-crin synthétique que l’on entend trop souvent dans les séries télévisées ou les films censées se passer à cette période. Non, la musique de cette époque, telle qu’elle nous est parvenue, jouée par des musiciens professionnels et sur des instruments reconstituées. C’est la musique de mon enfance. Non, je ne suis pas si vieux que cela, bande de petits plaisantins. C’est la musique de mon enfance car mon père en écoutait beaucoup lorsque j’étais enfant et, voyant sans doute en moi un futur mélomane, m’avait même emmené à des concerts - ce qui, passé la première demi-heure, avait tout de même un peu barbé le petit garçon que j’étais.
Mon père avait tort, je ne suis pas devenu un mélomane, mais le goût de cette musique m’est resté.
Hélas, s’il m’en a transmis le goût, il ne m’en a pas transmis la connaissance. La faute bien sûr, si faute il y a, est entièrement la mienne. Je n’ai pas fait l’effort de compléter mon goût par des lectures qui auraient pu me donner au moins un peu de sa vaste érudition. Si donc je suis aujourd’hui fort capable de reconnaitre et d’apprécier la musique de cette époque (le moyen-âge étant fort large, disons à peu près 1150-1350. C’est un ordre d’idée), je ne suis pas capable d’en parler intelligemment.
Fort heureusement pour moi, et pour vous, la technique moderne vient à mon secours en me permettant de vous faire entendre ce que je ne saurais décrire ni analyser, faute des connaissances appropriées.
Pour vous faire partager mon maigre bagage en la matière, j’ai donc confectionné de mes petites mains trois vidéos, en fait il serait plus juste de dire trois enregistrement avec une image pour agrémenter.
La première n’est pas de la musique, mais un texte en vieux français de Guillaume de Machaut (1300-1377), sans doute l’un des musiciens les plus célèbres de la fin du moyen-âge. Juste pour le plaisir d’entendre cette langue, ancêtre de la nôtre.
La seconde est le kyrie de la Messe à Notre-Dame, du même Guillaume de Machaut.
Enfin la troisième est un morceau composé par Neidhart von Reuental (vers 1190 - 1240), l’un des plus fameux Minnesänger, qui étaient à peu près l’équivalent allemand de nos trouvères et autres troubadours. Le morceau s’intitule Mayenzeit one neidt. Pourquoi cette chanson ? Pour sa beauté bien sûr, mais aussi parce que son alacrité vient utilement contrebalancer une certaine tendance à se représenter les hommes et les femmes du moyen-âge comme différents de nous, et notamment, pour reprendre une expression de Pierre Manent, à les voir comme des saints et des saintes de vitrail. Les hommes et les femmes de cette époque étaient, à l’occasion, tout aussi paillards, ou bouffons ou sceptiques que nous pouvons l’être. Ils l’exprimaient simplement différemment.
Un dernier mot sur les illustrations. La première est une miniature du XIVe siècle représentant la Nature offrant à Guillaume de Machaut trois enfants : Sens, Rhétorique et Musique. La seconde est simplement la couverture du CD de la Messe à Notre Dame que j’ai utilisé (et que je vous recommande). La troisième est censée être un portrait de Neidhart von Reuental, qui se trouve dans le Codex Mannesse, le plus grand recueil du Minnesang que nous possédions .
Et maintenant, musique !
 



 

jeudi 10 janvier 2013

La machine de Marly



En 1848, Tocqueville signalait à ses collègues députés que le socialisme naissant n'était pas sans analogies, sur certains points, avec l'Ancien Régime finissant. Observation destinée à l'évidence à faire rager les gauchistes de l'époque, mais néanmoins vraie. Si vous en doutez, lisez donc ce qui suit et remplacez simplement "la cour" par "l'Etat". Quant à la machine de Marly, je vous laisse trouver par vous même l'analogie.
Et même si la comparaison ne vous convainc pas, vous aurez du moins appris (je suppose) ce qu'était cette fameuse machine.

 
« En 1689, la France, attaquée par l’Europe, se regarde, et voit qu’au bout de dix années de paix elle est ruinée. Qui a fait cette ruine ? Deux choses qui arrivent au déclin des empires : le découragement général et la diminution du travail, la complication progressive de l’administration et des dépenses. Telle est la fin de l’empire romain. Ajoutez-y l’amputation énorme que la France vient de faire sur elle-même.
En 1661, à l’avènement de Colbert, il n’y avait qu’une cour, toute petite, et qui tenait dans Saint-Germain. Depuis 1670, Colbert fut condamné à faire ce monstrueux Versailles. Lorsque Louvois le remplace comme surintendant des bâtiments, c’est bien pis. On bâtit partout. Au lieu d’une cour, il y en a dix, et Versailles fait des petits.
Sans parler de Monsieur qui réside à Saint-Cloud, ni du Chantilly des Condé, tout le gracieux amphithéâtre qui couronne la Seine, se couvre de maisons royales. Le Dauphin maintenant est devenu un homme, et il a sa cour à Meudon. Les enfants naturels du roi, de La Vallière, de Montespan, fils et filles, reconnus, mariés, tiennent un grand état. Les Condé et les Orléans épousent ces filles de l’amour, les petites reines légitimées de France. Chacune devient un centre, a sa cour et ses courtisans. De Villers-Cotterêts à Chantilly ou à Anet, de Fontainebleau ou de Choisy à Sceaux, à Meudon, à Saint-Cloud de Rueil à Marly, à Saint-Germain, tout est palais, tout est Versailles.
Ainsi, de plus en plus, dans l’amaigrissement de la France, le centre monarchique va grossissant, se compliquant. Ce n’est plus un soleil, c’est tout un système solaire, où des astres nombreux gravitent autour de l’astre dominant.
Celui-ci pâlirait, si de nouveaux rayons ne lui venaient toujours. Versailles, que l’on croyait fini, va croissant, s’augmentant, comme par une végétation naturelle. Il pousse vers Paris des appendices énormes, vers la campagne l’élégant Trianon, les jardins de Clagny, l’intéressant asile de Saint-Cyr ; enfin ce qui est le plus grand dans cette grandeur, le Versailles souterrain, les prodigieux réservoirs, l’ensemble des canaux, de tuyaux qui les alimentent, le mystérieux labyrinthe de la cité des eaux.
Louvois, par son système d’employer le soldat, de le faire terrassier, maçon, put dépasser Colbert. Il gagea d’effacer le Pont-du-Gard et les œuvres de Rome, promit d’amener à Versailles toute une rivière, celle de l’Eure. Des régiments entiers périrent à ce travail malsain. On venait de bâtir pour eux les Invalides. Ils n’en eurent pas besoin. Un aqueduc de deux cents pieds de haut, l’aqueduc de Maintenon, inachevé et inutile, fut le monument funéraire des pauvres soldats immolés.
Mais rien n’exprima mieux cette terrible administration que la merveille de Marly. Merveille en opposition violente avec le paysage, un démenti à la nature. L’aimable caractère de la Seine, autour de Paris, c’est son indécision, son allure molle et paresseuse de libre voyageuse qui se soucie peu d’arriver. D’autant plus dur semblait son arrêt, à Marly. Là la main tyrannique de Colbert, de Louvois, de par le roi, la faisait prisonnière d’Etat, condamnée aux travaux forcés. Nulles galères de Toulon, avec leur gindre de forçats, n’étaient si fatigantes à voir et à entendre que l’appareil terrible où la pauvre rivière était contrainte de monter. Barrée par une digue, dans sa chute forcée, elle devait tourner quatorze roues immenses de soixante-douze pieds de haut. Ces grossières roues de bois avec des frottements étranges et des pertes de force énormes, mettaient en jeu soixante-quatorze pompes, qui buvaient la rivière, la montaient et la dégorgeaient à cent cinquante pieds de hauteur. De ce réservoir à mi-côte, par soixante-dix-neuf autres pompes, l’eau montait encore à cent soixante-quatorze pieds. Est-ce tout ? Non, soixante-dix-huit pompes, par un dernier effort, la poussaient au haut d’une tour, d’où un aqueduc de trente-six arcades, haut de soixante-neuf pieds, la menait enfin à Marly. Un appareil si compliqué, d’aspect énigmatique, qui couvrait la montagne dans une étendue de deux milles pieds, embarrassait l’esprit. Les grincements, les sifflements des ces rouages difficiles et souvent mal d’accord, c’était un sabbat, un supplice. L’ensemble, si on le saisissait, était celui d’un monstre, mais d’un monstre asthmatique qui n’aspire et respire qu’avec le plus cruel effort. Quel résultat ? petit, un simple amusement, une cascade médiocre. »

Michelet, Histoire de France, tome XIV