Quid?

Comme pour beaucoup des gens, le grenier est l’endroit où j’entasse, avec seulement assez d’ordre pour me donner bonne conscience, tous les objets dont je n’ai pas ou plus l’usage dans la vie de tous les jours mais dont cependant je ne désire pas me débarrasser.

Ce grenier virtuel joue à peu près le même rôle. On y trouvera donc tous les objets qui ne me paraissent pas dignes de figurer au salon mais qui cependant me semblent suffisamment intéressants pour être conservés et, qui sais ? pour être montré aux amateurs de curiosités.

Mais encore ? Des idées que je n’ai pas eu le temps ou le désir d’approfondir, des citations qui me paraissent donner à penser, des images, des réflexions plus ou moins décousues sur des sujets plus ou moins sérieux, bref un bric à brac sans prétention mais peut-être pas totalement dénué d’intérêt. Aux curieux de se faire leur idée.

Mais attention à la poussière, et, pour ne point être déçu, n’oubliez pas que si les greniers peuvent recéler leur lot de bonnes surprises ils ne sont pas habituellement l’endroit où l’on dissimule ses possessions les plus précieuses.

Bonne fouille.

mercredi 29 mai 2013

Encore un affreux raciste débusqué !



 
Un billet récent de l’ami Koltchak m’a remis en mémoire ce passage tiré de L’histoire du déclin et de la chute de l’empire romain, le très célèbre ouvrage d’Edward Gibbon, publié entre 1776 et 1788. Comme quoi il est tout à fait possible d’être « raciste » (au sens où l’entendent nos modernes progressistes) et en même temps de juger injuste la traite négrière. A méditer.

« Les anciens, qui connaissaient très imparfaitement la grande péninsule d’Afrique, ont été quelquefois disposés à croire que la zone torride n’était point susceptible d’être habitée par des hommes ; d’autre fois ils la peuplaient, au gré de leur imagination, d’hommes sans tête ou plutôt de monstres, de satyres avec des cornes et des pieds fourchus, de centaures et de pygmées humains qui, plein de courage, faisaient aux grues une guerre dangereuse [Note de Gibbon : La fable des pygmées est aussi ancienne qu’Homère. Les pygmées de l’Inde et de l’Ethiopie n’avaient que vingt-sept pouces de hauteur ; et, dès le commencement du printemps, leur cavalerie, montée sur des boucs ou des béliers, se mettait tous les ans en campagne pour détruire les œufs des grues. Ils construisaient leurs maisons de boue, de plumes et de coquilles d’œuf].
Carthage aurait tremblé, si un bruit étrange était venu lui apprendre que le pays coupé par l’équateur recelait des deux côtés une multitude de nations qui ne différaient que par la couleur de la figure ordinaire des hommes ; et les Romains, dans leur anxiété, auraient cru voir le moment où, aux essaims des barbares sortis du Nord, viendraient se joindre, du fond du Midi, d’autres essaims de barbares aussi cruels et aussi redoutables.
Une connaissance plus particulière du génie de leurs ennemis d’Afrique aurait sans doute anéanti ces vaines terreurs. On ne doit, à ce qu’il me semble, attribuer l’inaction des nègres, ni à leurs vertus, ni à leur pusillanimité. Ils se livrent, comme tous les hommes, à leurs passions et à leurs appétits, et les tribus voisines se font fréquemment la guerre. Mais leur ignorance grossière n’a jamais inventé d’armes réellement propres à l’attaque ou à la défense. Ils paraissent également incapables de former un vaste plan de conquête ou de gouvernement, et les nations des zones tempérées abusent cruellement de l’infériorité reconnue de leurs facultés intellectuelles. On embarque annuellement sur la côte de Guinée soixante mille Noirs, qui ne reviennent jamais dans leur patrie. On les charge de chaînes, et cette émigration continuelle, qui dans le cours de deux siècles aurait pu fournir des armées susceptibles de subjuguer l’univers, atteste les crimes de l’Europe et la faiblesse des Africains. »

mercredi 15 mai 2013

Sol Invictus - Twa corbies



 
Le dernier billet de notre ami Mat, consacré à la ballade médiévale The cruel mother, m’a remis en mémoire une autre ballade médiévale recueillie par Child et d’origine écossaise : Twa corbies (les deux corbeaux).
Voici donc un excellent prétexte pour vous faire entendre une version de cette chanson qui m’agrée particulièrement : celle figurant sur l’album The devil steed de Sol Invictus. Peut-être certains d’entre vous la trouveront-ils un peu discordante, et il est vrai, par ailleurs, que la voix de Tony Wakeford est ce que l’on peut appeler an acquired taste. Mais ce côté discordant me semble fort bien convenir à cette ballade cruelle, dont je vous met les paroles en dessous de la vidéo. Listen, ye my brothers !



As I was walking all alone,
I heard two crows (or ravens) making a moan;
One said to the other,
"Where shall we go and dine today?"
"In behind that old turf wall,
I sense there lies a newly slain knight;
And nobody knows that he lies there,
But his hawk, his hound and his lady fair."
"His hound is to the hunting gone,
His hawk to fetch the wild-fowl home,
His lady's has taken another mate,
So we may make our dinner sweet."
"You will sit on his white neck-bone,
And I'll peck out his pretty blue eyes;
With one lock of his golden hair
We'll thatch our nest when it grows bare."
"Many a one for him is moaning,
But nobody will know where he is gone;
Over his white bones, when they are bare,
The wind will blow for evermore."

mardi 7 mai 2013

Elle et Moi


Ce billet a pour objet de déclarer au monde mon admiration éperdue (enfin, presque) pour Deborah Kerr. Sachez-le lecteurs, Deborah Kerr n'était sans doute pas la plus belle femme du monde, et elle n'est pas l'actrice hollywoodienne la plus célèbre, mais elle incarne pour moi la quintessence de la classe, de l'élégance, de la subtilité faite actrice. Cary Grant au féminin, farpaitement!
Que dire de plus ? Vous trouverez sa biographie partout sur internet, et tout ce que je pourrais écrire ne vaudra pas une seule minute de ses films pour comprendre quelle actrice elle était.
Ah, Deborah Kerr en nonne perdue au milieu de l'Inde sensuelle et mystérieuse dans Le narcisse noir!
Deborah Kerr se roulant sur le sable avec Burt Lancaster dans Tant qu'il y aura des hommes!
Oh, Deborah Kerr en martyre chrétienne frémissante prête à être déchirée par le taureau furieux dans Quo Vadis!
Et Deborah Kerr avec Cary Grant himself dans l'un des plus formidables mélo de tous les temps (rien de moins!) : Elle et lui!
Allez zou, c'est dit, je vous refourgue l'un des premiers billets que j'avais mis dans ce grenier, au sujet de ce film précisément. Ne vous plaignez pas, personne ne l'avait lu à cette époque. Et procurez vous ses films, c'est un ordre!


En regardant récemment l’excellent An affair to remember (en français : Elle et lui) - un film américain de 1957, avec le génial Cary Grant et la sublime Deborah Kerr - j’ai été frappé par le caractère extrêmement « boutonné » de toute cette affaire.
Boutonné au sens propre tout d’abord, puisque Cary Grant et Deborah Kerr sont toujours vêtus avec une stricte élégance, les chemises fermées jusqu’au col, même lorsque Cary Grant devient peintre en bâtiment pour gagner sa vie (une scène très réaliste...). Au sens figuré ensuite : le seul vrai baiser échangé par les deux personnages l’est derrière un escalier, donc invisible pour le spectateur, et le ressort dramatique de l’histoire repose sur le fait que Deborah Kerr ne veut pas révéler à Cary Grant qu’elle a été victime d’un accident de voiture qui l’a laissé paralysée (peut-être provisoirement) des deux jambes. Pas question qu’il la prenne en pitié.
Quel contraste avec les films actuels ! Une telle pudeur et une telle fierté seraient-elles encore intelligibles ? Quel producteur accepterait une histoire d’amour aussi collet-monté ? « Quoi ? Même pas un petit patin avec la langue ? Alors que de nos jours le spectateur commence à regarder sa montre si les protagonistes n’en sont pas aux dernières faveurs au bout d’un quart d’heure ? Vous voulez couler la baraque ou quoi ?! »
En cherchant sur internet une biographie de Deborah Kerr, j’ai lu que celle-ci avait mis fin à sa carrière cinématographique assez tôt, pour ne pas avoir à jouer de scènes de nus, qui devenaient de plus en plus fréquentes dans les films américains.
Dire que cela me la rend sympathique serait de l'understatement.
Quelle jeune femme pourrait aujourd’hui ne serait-ce qu’envisager de faire une carrière d’actrice avec de telles dispositions ?
Nous vivons une époque débraillée, au physique comme au moral. Je comprends très bien ce que cela peut avoir de confortable, et je ne dis pas que je ne tire pas moi-même un certain parti de cet état de fait ; mais plus le temps passe et plus je me convainc que l’homme est un animal qui se porte mieux s’il est boutonné jusqu’au col. Même si ça lui tient chaud.